I
N T R O D U C T I O N
Né en 1934 à Bad-Bellingen en Allemagne, Hermann Amann s'initie
très tôt à la Pensée en côtoyant malgré son
jeune âge le cercle de Bâle et en se liant d'amitié avec
le philosophe Karl Jaspers.
Dés 1954, en arrivant à Paris, il
se consacre entièrement à la peinture et déjà se
manifeste dans ses travaux le refus des mouvements dominants
et des arts médiatisés. Amann s'engage alors
dans une voie qu'il ne quittera plus, une pratique qui se veut à la
fois dialogue permanent avec la philosophie et étude
d'un art encore préservé des effets appauvrissants
de la mode, à savoir la peinture.
Sachant qu'un tel art ne pouvait faire l'économie
de la poésie, du théâtre, de la musique
et de la sculpture, il crée en 1971 le groupe "Jacob
ou la persuasion" après que Louis Aragon lui eut
prêté le titre d'un de ses poèmes. Il exposera
la même année avec Gil Wolman, Isidore Isou, Hélion,
Domela, Dufrêne et J-L Brau (membres du groupe) à la
Galerie Weiller.
Ses lectures des grands textes sur la couleur
depuis Goethe jusqu'à Merleau-Ponty le mènent à présenter
en 1974, toujours à la galerie Weiller une exposition
personnelle intitulée "Les vingt et une couleurs".
Mais dans les années quatre-vingts, après de
nouvelles expositions dans les galeries Spiess, Weiller et
Raph', conscient de l'impossibilité qu'avaient les matières
picturales existantes à rejoindre "l'espace supérieur
de la couleur", il décide de s'employer à la
recherche de nouveaux matériaux, de nouvelles techniques
et de nouvelles formes.
Il crée en 1986 la "Nouvelle Pigmentation".
Il s'agissait au départ de montrer que la couleur ne
se satisfaisait pas des moyens classiques de présentation
(gouache, aquarelle, huile etc.) pour manifester sa puissance
réelle. Hermann Amann prend alors conscience que la
peinture poursuivait une route qui l'avait mené à représenter
des formes de plus en plus uniques en ce sens que, les lignes
de Kandinsky, les triangles d'Herbin ou même les drippings
de Pollock tirent leur existence d'eux-mêmes et non plus
de formes préexistantes qu'il s'agirait de représenter.
Si de tels hommes avaient libéré la forme de
toutes déterminations représentatives, il devait
donc être possible d'en faire autant avec la couleur
et de créer une peinture où les couleurs n'auraient
d'autres références qu'elles mêmes: des
couleurs qui ne pourraient exister ailleurs que sur la toile.
Il dût redéfinir la peinture, l'envisager comme
un nouvel espace, absolument autre, où formes et couleurs
seraient étrangères à l'expérience
humaine avec l'idée que seul une nouvelle peinture pourrait
nous suggérer de nouveaux modes de vie. Il s'agissait
d'opérer "une nouvelle rupture pigmentaire".
Ce n'est qu'au début des années
quatre-vingt-dix, avec la découverte, auprès
du groupe new-yorkais " New New Painting", du gel
polymère (un liant pouvant conserver sans l'altérer
la propriété réfléchissante des
pigments fluorescents) et l'invention de la particule (une
forme ayant la capacité de contenir le fluo en imposant
au regard une vision indirecte des couleurs qu'elle recouvre)
qu'Amann expose pour la première fois à la Städtische
galerie à Göppingen (Allemagne) l'accomplissement
de ses recherches.
Dès lors, ayant enfin trouvé un
langage unique et neuf, il s'emploie aujourd'hui à visiter
différents thèmes de la pensée avec cette
technique sans précédent. Parmi ses œuvres
majeures participant de la "Nouvelle Pigmentation" on
peut énumérer entre autres: Architectones, Habitables,
Autour de la terre, Fécondité, Les Quatre Saisons,
Les particules, Glas I et Glas II (d'après les livres
de Jacques Derrida), Des millions de mondes qui voyagent pour
nous, Amour, Ultra pigmentation et La Montagne Sainte Victoire.
Alexis Dahan.
|